Le beau-père de mon père exploitait un « moulin à sang » dans le vieux village d’Oraison. Au retour de la guerre, mon père apprit auprès de celui-ci le métier de moulinier. Il se maria et, en 1923, installa, à l’endroit où il se trouve toujours, un moulin très moderne pour l’époque… pensez donc : « tout tourne à l’ÉLECTRICITÉ ».
Mes plus lointains souvenirs sont des parties de cache-cache au milieu des sacs d’olives… c’est le bon morceau de fougasse chaude arrosé d’huile nouvelle et dévoré à quatre heures, au retour de l’école… c’est mon grand diable de parrain, trônant, majestueux, au milieu des cuviers en bois où l’huile se décante.
Quels merveilleux hivers, les hivers de mon enfance ! Un immense feu maintenait l’eau chaude dans un cuvier noir ; il y avait de la vapeur, de la fumée, de la chaleur ; des éclats de voix… des rires ! Le bruit du broyeur et par-dessus tout cela flottait, délicieusement envûtante, l’odeur dégagée par la pâte des olives écrasées par les lourdes meules.
Voilà déjà quarante-deux ans que nous vivons au rythme des campagnes oléicoles, formant un équipage solide, se partageant les responsabilités… Que de peines, que de joies autour de ce moulin… Mais quelle fierté d’avoir pu continuer, ensemble, l’œuvre de mes parents.
Lucie Henry — Moulin Paschetta-Henry, Oraison — 26 décembre 1989