La fabrication du savon selon la méthode marseillaise au chaudron.
Le savon que nous proposons à l'atelier d'Oraison est fabriqué selon la méthode dite de Marseille, dans un chaudron en acier inoxydable. Une série d'opérations immuables, transmises depuis des siècles, qui transforment l'huile d'olive et la lessive de soude en un pain solide, doux pour la peau. Voici comment ça se fait, étape par étape.
Les sept étapes de la fabrication au chaudron
1. L'empatage
On prépare une émulsion avec de l'huile et plusieurs lessives successives. Le mélange est chauffé et brassé jusqu'à la complète prise en masse — ce moment où la matière cesse d'être liquide pour devenir une pâte dense et homogène.
2. Le relargage
On ajoute de l'eau salée pour séparer le savon formé de la glycérine et de l'eau de procédé.
3. L'épinage
Son nom vient du robinet de vidange : l'épine. On soutire le mélange décanté — eau résiduelle et glycérine — laissant le bon savon dans le chaudron.
4. La cuisson
Une lessive fortement caustique est versée sur la masse savonneuse. Pendant plusieurs heures, le mélange est porté à ébullition. La réaction de saponification s'achève — la soude réagit sur les acides gras pour donner un sel : le savon.
La réaction est simple en apparence : acide + base = sel + eau. Ce qui est remarquable, c'est ce que cette réaction préserve — la douceur de l'huile, le pouvoir lavant sans agresser.
5. Les lavages
À l'eau salée, toujours à chaud. Ces lavages successifs débarrassent le savon des impuretés et neutralisent le pH.
6. La liquidation
On ajoute de l'eau pour obtenir un mélange à nouveau liquide, garantissant une bonne décantation.
7. Le coulage
Le savon liquide est versé dans des moules — les « mises ». Après refroidissement complet, les blocs sont démoulés et découpés en pains au fil.
La chimie derrière le geste
La lessive de soude hydrolyse d'abord le corps gras, qui se scinde en acides gras et glycérine. La soude réagit ensuite sur les acides gras pour former un sel : le savon. Dans le cas de l'huile d'olive, riche en acide oléique, on obtient de l'oléate de sodium. L'huile d'olive donne un savon dense, légèrement translucide à l'état brut, dont la mousse est fine mais persistante.
Petite histoire du savon de Marseille
La connaissance du savon remonte à une haute antiquité. Ce sont les Arabes qui, au VIIIe siècle, ajoutèrent de la chaux aux cendres lessivées, les rendant plus caustiques. Au XIIe siècle, Marseille devint le centre de cette industrie. C'est là que s'établirent les premiers codes de fabrication, les premières règles sur la teneur en huile, la durée de cuisson, l'absence d'additifs.
Le savon de Marseille n'est pas une marque. C'est un procédé, une exigence, une tradition orale et industrielle à la fois. Le respecter, c'est encore ce que nous faisons à l'atelier d'Oraison.
Pourquoi l'huile d'olive change tout
L'huile d'olive confère au savon une teneur élevée en acide oléique — un acide gras mono-insaturé qui pénètre dans les couches superficielles de la peau sans l'agresser. Les margines et les huiles de deuxième qualité trouvent leur place dans l'atelier savonnerie. Rien n'est perdu. C'est ce principe qui a guidé Sophie Henry lorsqu'elle a fondé l'atelier en 2004 : transformer ce qui aurait été un déchet en quelque chose d'utile et de beau.